L’électrisation désigne le passage du courant électrique à travers le corps humain, provoquant des lésions plus ou moins graves. L’électrocution, souvent confondue avec l’électrisation, correspond strictement au décès de la victime (NF C 18-510). Les formations habilitation électrique forment les professionnels à prévenir ces risques au quotidien.
Ce qu’il faut retenir : l’électrisation désigne le passage du courant dans le corps, tandis que l’électrocution correspond à une électrisation mortelle. Le courant devient dangereux dès 10 mA (contractions musculaires) et potentiellement mortel au-delà de 30 mA. Face à une victime : couper le courant, appeler les secours (15 ou 112) et ne jamais toucher la personne si la source électrique n’est pas isolée.
Table des matières
Électrisation et électrocution : deux termes à ne pas confondre

L’électrisation est l’ensemble des manifestations physiologiques provoquées par le passage du courant électrique à travers le corps humain. Elle peut provoquer des brûlures, des troubles cardiaques, une perte de connaissance ou des lésions d’organes internes. Les risques d’électrisation concernent aussi bien les professionnels de l’électricité que les particuliers dans la vie quotidienne. Le terme s’applique que la victime survive ou non.
L’électrocution, au sens médical strict, désigne uniquement le décès consécutif à une électrisation. Dans le langage courant, les deux mots sont souvent utilisés de façon interchangeable, ce qui crée une confusion. Un électricien qui reçoit une décharge électrique sur un chantier subit une électrisation. S’il en décède, on parle alors d’électrocution. Les causes d’électrocution les plus fréquentes sont la fibrillation ventriculaire et l’arrêt respiratoire.
Cette distinction n’est pas qu’une question de vocabulaire. Elle conditionne la qualification juridique de l’accident électrique et les obligations de déclaration de l’employeur. Il faut prêter attention au fait que le passage du courant électrique au travers le corps constitue, dans tous les cas, un événement grave qui met en jeu la vie de la victime et nécessite une prise en charge médicale rapide.
Les symptômes d’électrocution et les effets sur le corps humain
La gravité d’une électrisation dépend de quatre facteurs : l’intensité du courant qui traverse le corps, le niveau de tension de contact, la durée d’exposition et le trajet emprunté par le courant (notamment s’il passe par le coeur). Les symptômes d’électrocution varient selon ces paramètres et peuvent aller du simple picotement au décès.
Les brûlures constituent la blessure la plus visible. Le courant génère de la chaleur au niveau des points de contact avec la peau et le long de son trajet dans les tissus internes. En haute tension, ces brûlures internes peuvent être massives sans que la blessure externe soit proportionnelle. La peau, les organes, les muscles et les vaisseaux sanguins sont touchés en profondeur. L’état de santé général de la victime (hydratation, pathologies cardiaques préexistantes) influe sur la gravité des lésions.
La tétanisation musculaire empêche la victime de lâcher le fil conducteur sous tension. À partir de 10 mA en courant alternatif, les muscles se contractent involontairement, pouvant provoquer un court-circuit si le corps fait contact entre deux conducteurs. La personne reste « collée » à la source d’électricité, ce qui aggrave la durée d’exposition et donc la gravité des lésions. Au moindre doute, il faut agir vite : le temps d’exposition est le facteur déterminant entre une simple brûlure et un arrêt cardiaque. C’est en tenant compte de cette donnée que le système de protection par disjoncteur différentiel a été calibré à 30 mA.
L’arrêt cardiaque par fibrillation ventriculaire représente le risque le plus grave. Le courant perturbe le rythme cardiaque normal, provoquant des troubles cardiaques sévères et des contractions anarchiques du muscle cardiaque. Sans un massage cardiaque immédiat et une défibrillation rapide, le décès survient en quelques minutes. L’arrêt cardiaque reste la cause principale d’électrocution lors d’accidents électriques.
La détresse respiratoire survient lorsque le courant traverse les muscles respiratoires. La victime ne respire plus, ce qui nécessite une intervention d’urgence et la mise en oeuvre de gestes de premiers secours adaptés.
| Intensité | Effet sur le corps | Risque |
|---|---|---|
| 0,5 mA | Perception et légères contractions musculaires | Aucun effet durable |
| 10 mA | Contractions musculaires, impossibilité de lâcher | Brûlure par maintien du contact |
| 30 mA | Paralysie respiratoire possible | Grave si exposition prolongée |
| 75 mA | Fibrillation ventriculaire | Mort en quelques minutes |
| 1 A | Arrêt cardiaque immédiat | Décès quasi certain |
Le disjoncteur différentiel 30 mA installé dans les habitations coupe automatiquement le circuit dès qu’il détecte une fuite de courant vers la terre. Ce dispositif de sécurité protège les personnes contre les contacts indirects, mais le disjoncteur différentiel ne remplace pas les règles de prudence élémentaires. Pour comprendre le rôle de ce composant dans une installation électrique, consultez notre guide sur les EPI pour l’habilitation électrique.
Les causes fréquentes d’accidents électriques
En France, plus de 600 accidents du travail d’origine électrique sont encore déclarés chaque année, dont plusieurs mortels. Ces accidents sont 15 fois plus souvent mortels que les accidents du travail ordinaires (source INRS). Les causes d’électrocution les plus courantes tiennent à des situations évitables, liées au mauvais état du matériel ou au non-respect des règles de sécurité.
Le contact direct avec une pièce sous tension reste la première cause. Un fil dénudé, une prise endommagée, un interrupteur défectueux, un sèche-cheveux utilisé dans une salle de bain humide : autant de situations qui exposent toute personne à un choc électrique. À la maison, l’utilisation d’un appareil électrique (rasoir, fer à repasser) à proximité d’un point d’eau multiplie le danger. L’eau réduit la résistance de la peau et augmente l’intensité du courant qui traverse le corps avec une forte amplitude. Porter une attention particulière aux composants humides (sol mouillé, mains mouillées) est un réflexe qui peut sauver la vie.
Le non-respect des règles de sécurité et des procédures de consignation électrique lors de travaux constitue un facteur aggravant en milieu professionnel. Un intervenant qui ne vérifie pas l’absence de tension avant d’accéder à un circuit s’expose à un arc électrique ou un contact direct. Le changement d’un composant électrique sans couper l’alimentation provoque chaque année des accidents graves, y compris dans les environnements domestiques.
Les enfants et les jeunes représentent une population particulièrement vulnérable. L’introduction d’objets métalliques dans les prises, le contact avec des multiprises en mauvais état ou les jeux à proximité d’installations électriques provoquent chaque jour des accidents domestiques. Il faut protéger les prises accessibles aux enfants avec des caches-prises et ne jamais laisser de fils à portée des jeunes enfants.
Comment réagir face à une électrocution ou une électrisation
Savoir réagir face à une électrocution ou une électrisation peut sauver la vie de la victime. Chaque geste de premiers secours compte et doit suivre un ordre précis. Ne pas toucher la victime tant que le courant n’est pas coupé est la première règle à retenir.
Couper le courant en premier lieu. En basse tension, manoeuvrer le disjoncteur général ou débrancher la prise. Ne pas toucher la victime tant que la source d’électricité n’est pas coupée : le courant traverserait aussi le corps du sauveteur. Si la coupe n’est pas possible, utiliser un objet isolant (manche en bois, tissu sec) pour éloigner la personne du conducteur. Éviter l’électrocution du sauveteur est une priorité absolue.
Appeler les secours immédiatement. Appeler le 112 (numéro d’urgence européen) ou le 15 (SAMU) ou le 18 (pompier). Préciser qu’il s’agit d’un accident électrique, indiquer l’état de santé de la victime et la tension concernée si elle est connue.
Évaluer l’état de la victime. Si la personne respire et reste consciente, la placer en position latérale de sécurité en attendant les secours. Si elle ne respire plus, débuter immédiatement un massage cardiaque (30 compressions thoraciques suivies de 2 insufflations) et utiliser un défibrillateur automatique si disponible. Ces gestes de premiers secours enseignés en formation SST permettent de réagir face à un arrêt cardiaque ou une détresse respiratoire. Le massage cardiaque doit être poursuivi jusqu’à l’arrivée du pompier ou du SAMU.
En haute tension (lignes aériennes, postes de transformation), ne pas approcher la victime. Maintenir un périmètre de sécurité d’au moins 3 mètres pour les tensions jusqu’à 50 kV (HTA) ou 5 mètres au-delà de 50 kV (HTB) selon la NF C 18-510. S’éloigner à petits pas pour éviter les risques d’électrisation liés à la tension de pas.
Toute personne ayant subi une électrisation, même apparemment sans gravité, doit faire l’objet d’un examen médical le jour même. Certaines lésions d’organes internes ou troubles du rythme cardiaque peuvent se manifester plusieurs heures après l’accident et mettre la vie en danger.
Prévention du risque électrique au travail
L’employeur est tenu par le Code du travail (Art. R4544-9 à R4544-11) de supprimer ou réduire le risque d’origine électrique. Ce texte en vigueur impose de faire réaliser les travaux hors tension chaque fois que c’est techniquement possible. Le service de prévention de l’entreprise doit fournir toute l’information nécessaire aux salariés exposés. Lorsque des interventions sous tension sont inévitables, seul un personnel habilité et formé peut les exécuter, dans le strict périmètre couvert par son titre d’habilitation.
L’habilitation électrique, délivrée par l’employeur après formation et évaluation, atteste de la capacité d’un salarié à travailler en sécurité sur ou à proximité d’installations électriques. L’utilisateur d’un équipement électrique dans le cadre de son travail est tenu de signaler toute anomalie. Le titre d’habilitation doit être examiné au moins une fois par an (NF C 18-510) et le recyclage de la formation est recommandé tous les 3 ans par l’INRS. Les symboles d’habilitation (B0, BR, BC, H1, etc.) déterminent le périmètre d’intervention autorisé pour chaque opérateur.
La mise à disposition d’EPI adaptés (gants isolants, écran facial anti-UV, chaussures isolantes) et la vérification régulière du matériel complètent le dispositif de prévention. Un simple contrôle visuel avant chaque utilisation d’un appareil ou d’un outil électrique permet d’identifier les fils dénudés, les prises fissurées ou les câbles en mauvais état. En cas de doute, l’aide d’un électricien qualifié est indispensable.
Les bons réflexes au quotidien
Débrancher un appareil avant de le nettoyer ou de changer un composant ou une ampoule. Ne jamais utiliser un équipement électrique avec les mains humides ou pieds mouillés. Vérifier l’état des prises et des multiprises. Faire intervenir un professionnel qualifié pour toute modification d’une installation électrique. Laisser l’accès libre au disjoncteur général. Procéder au changement des fils et prises en mauvais état sans attendre. Ces conseils de prévention simples, auxquels toute personne devrait prêter attention, permettent d’éviter la majorité des accidents électriques domestiques et professionnels. Sur le plan technique, la vérification annuelle du disjoncteur différentiel (bouton test) et le contrôle de l’état de santé des installations par un professionnel complètent ce dispositif de sécurité.
FAQ
Quelle est la différence entre électrisation et électrocution ?
L’électrisation désigne le passage du courant à travers le corps, provoquant des brûlures, des contractions musculaires ou un arrêt cardiaque. L’électrocution est une électrisation qui entraîne la mort de la victime. Dans le langage médical, seul le décès par courant électrique constitue une électrocution.
À partir de quelle tension le courant devient-il dangereux ?
En très basse tension de sécurité (TBTS), le risque de choc électrique apparaît dès 25 V en courant alternatif selon la NF C 18-510. En très basse tension de protection (TBTP), ce seuil descend à 12 V en alternatif. Au-delà de 50 V en courant alternatif, on sort du domaine de la très basse tension : une prise domestique délivre 230 V, soit une tension largement suffisante pour provoquer une électrisation grave. C’est toutefois l’intensité (en milliampères) qui détermine la gravité des lésions sur le corps.
Que faire si quelqu’un est électrisé ?
Couper immédiatement le courant au niveau du disjoncteur ou débrancher l’appareil en cause. Ne jamais toucher directement la victime si le circuit n’est pas coupé. Appeler le 15 ou le 112. Si la personne ne respire plus, débuter le massage cardiaque sans attendre l’arrivée des secours. Ces gestes sont détaillés dans la formation SST (voir aussi la différence entre PSC1 et SST).
L’habilitation électrique protège-t-elle contre l’électrocution ?
L’habilitation électrique n’est pas un équipement de protection. Elle atteste que le salarié a reçu une formation aux risques électriques et connaît les procédures de sécurité (consignation, distances de voisinage, port des EPI). Un opérateur habilité sait identifier les dangers et appliquer les gestes de prévention qui réduisent considérablement le risque d’accident.
Un disjoncteur différentiel suffit-il à éviter l’électrocution ?
Le disjoncteur différentiel 30 mA détecte les fuites de courant et coupe le circuit en moins de 30 millisecondes. Ce dispositif limite la durée d’exposition et réduit le risque de fibrillation ventriculaire. Toutefois, il ne protège pas contre tous les cas de figure : un contact entre phase et neutre (sans fuite vers la terre) ne déclenche pas la protection différentielle. La vérification régulière de son fonctionnement reste un conseil de sécurité à appliquer chaque année.