La consignation électrique est une procédure de mise en sécurité obligatoire avant toute intervention sur une installation électrique. Régie par la norme NF C 18-510, elle garantit l’absence de tension sur le circuit concerné et protège chaque personne intervenant contre le risque d’électrocution. Cette procédure, enseignée dans la formation habilitation électrique B1 B2 BR BC, repose sur six étapes successives que seul un chargé de consignation habilité BC ou HC peut réaliser.
Ce qu’il faut retenir :
- La consignation électrique est une procédure en 6 étapes : pré-identification, séparation, condamnation, identification, VAT et mise à la terre/court-circuit (MALT/CC)
- Seul un chargé de consignation titulaire d’une habilitation BC (basse tension) ou HC (haute tension) peut réaliser cette opération
- Le non-respect de la procédure de consignation est la première cause d’accident d’origine électrique lors de travaux de maintenance
Définition et cadre réglementaire de la consignation électrique

La consignation électrique est une procédure de sécurité qui consiste à supprimer tout risque électrique sur un équipement ou une installation avant d’y effectuer des travaux. Elle rend impossible la remise sous tension accidentelle pendant toute la durée de l’intervention.
Le processus de consignation électrique est régi par la norme NF C 18-510, référence réglementaire en matière de sécurité des opérations sur les installations électriques. Le Code du travail (articles R4544-1 à R4544-11) impose à l’employeur de s’assurer que les salariés travaillant sur ou à proximité d’un circuit électrique disposent de l’habilitation correspondante et respectent les procédures normalisées.
En pratique, la consignation s’applique aussi bien en basse tension (BT, jusqu’à 1 000 V alternatif) qu’en haute tension (HT). La procédure reste identique dans son principe, mais le matériel de consignation et les distances de sécurité diffèrent selon le domaine de tension. Un électricien intervenant sur un réseau HT devra par exemple utiliser un détecteur de tension normalisé spécifique et respecter des distances d’approche plus importantes.
Pour bien comprendre le système d’habilitation qui encadre ces opérations, consultez notre guide sur les catégories d’habilitations électriques.
Les 6 étapes de la consignation électrique
Condition préalable : la pré-identification
La pré-identification est le point de départ obligatoire de toute consignation électrique. La norme NF C 18-510 la classe comme une condition préalable aux cinq opérations techniques qui suivent. Elle consiste à analyser l’architecture électrique du site pour localiser précisément l’installation ou l’ouvrage concerné par l’intervention. Le chargé de consignation consulte les schémas, les cartographies et les dossiers techniques, identifie les organes de coupure à manoeuvrer et repère les éventuelles sources d’alimentation multiples (réseau principal, groupe électrogène, panneaux photovoltaïques).
Sur un site industriel comportant plusieurs centaines de circuits, cette analyse préalable permet d’éviter les erreurs d’aiguillage. Un défaut de pré-identification en amont peut conduire à consigner le mauvais circuit ou à ignorer une source d’alimentation secondaire. Le chargé de consignation vérifie également les conditions d’accès à la zone de travail et les dangers potentiels liés à l’environnement (présence d’eau, espace confiné, proximité d’ouvrages sous tension voisins).
Deuxième étape : la séparation
La deuxième étape consiste à séparer physiquement l’équipement concerné de toute source d’alimentation électrique. L’opérateur actionne l’organe de coupure (disjoncteur, sectionneur ou interrupteur-sectionneur) pour mettre hors tension le circuit. Cette coupure doit être effectuée sur tous les conducteurs actifs, y compris le neutre dans certaines configurations.
Sur les installations de grande longueur ou comportant plusieurs sources d’alimentation identifiées lors de la pré-identification, il faut séparer chaque point de raccordement. Un oubli à cette étape peut entraîner un retour de tension par un circuit parallèle ou une réalimentation depuis un groupe électrogène.
Troisième étape : la condamnation
La condamnation rend impossible la remise sous tension par un tiers. Le chargé de consignation pose un ou plusieurs cadenas de consignation sur l’organe de coupure, accompagnés d’une étiquette de signalisation indiquant clairement que des travaux sont en cours. Cette étape de verrouillage est essentielle : sans elle, une personne non informée pourrait rétablir l’alimentation électrique depuis le tableau général.
Le kit de consignation standard comprend des cadenas à clé unique, des dispositifs de condamnation adaptés aux différents types de disjoncteurs et sectionneurs, ainsi que des étiquettes normalisées. La fixation doit être mécanique (pas de simple ruban adhésif) pour résister à toute tentative de réalimentation accidentelle.
Pour une vision d’ensemble sur les EPI pour l’habilitation électrique, notre guide détaille le matériel obligatoire.
Quatrième étape : l’identification
L’identification consiste à vérifier sur le lieu de travail que l’équipement sur lequel l’intervenant va travailler correspond bien à celui qui a été séparé et condamné. Cette vérification repose sur la lecture du schéma électrique de l’installation, le repérage visuel du câble ou du circuit concerné et la concordance avec l’attestation de consignation.
En entreprise, cette vérification est loin d’être anecdotique. Sur un site industriel comportant plusieurs centaines de circuits, une erreur d’identification peut conduire un opérateur à intervenir sur un équipement encore sous tension. Le responsable de l’opération doit s’assurer de la correspondance entre le document de consignation et la zone de travail réelle sur le terrain.
Cinquième étape : la vérification d’absence de tension (VAT)
La VAT est réalisée sur le lieu de travail ou au plus près de celui-ci, immédiatement après l’identification. Le chargé de consignation utilise un dispositif de vérification d’absence de tension (VAT) normalisé, conforme à la norme NF EN 61243, pour vérifier l’absence de tension sur tous les conducteurs actifs y compris le neutre. En basse tension, la vérification doit également être effectuée entre chaque conducteur actif et la terre.
Point de sécurité souvent méconnu : l’utilisation d’un multimètre ou d’un contrôleur universel pour réaliser une VAT est formellement interdite par la norme NF C 18-510. Ces appareils de mesurage ne sont pas conçus pour garantir la sécurité de l’opérateur face aux surtensions transitoires et peuvent conduire à de fausses interprétations. Seul un vérificateur d’absence de tension dédié et adapté au domaine de tension est autorisé.
Le dispositif de VAT doit être contrôlé immédiatement avant et immédiatement après chaque utilisation, sur une source de tension connue ou via son autotest intégré. Cette règle, souvent rappelée lors de la formation habilitation électrique B1 B2 BR BC, existe pour éviter de valider une absence de tension avec un appareil défectueux.
Sixième étape : la mise à la terre et en court-circuit (MALT/CC)
La mise à la terre et en court-circuit constitue la protection ultime contre une remise sous tension accidentelle. Réalisée immédiatement après la VAT, elle consiste à relier entre eux tous les conducteurs actifs puis à les raccorder à la terre. En cas de réalimentation intempestive, le dispositif de MALT provoque un court-circuit franc qui déclenche les protections en amont et empêche toute tension dangereuse d’atteindre la zone de travail.
Cette étape est obligatoire en haute tension et sur les ouvrages de distribution en basse tension (réseaux, lignes aériennes). En basse tension sur des installations (bâtiments, industrie, tertiaire), la norme NF C 18-510 autorise son omission uniquement si les trois conditions suivantes sont réunies simultanément : absence de risque de retour de tension depuis une source principale ou de remplacement (groupe électrogène, onduleur), absence de tension induite par couplage magnétique ou capacitif et absence de condensateurs ou de câbles d’alimentation de grande longueur. Dès qu’une seule de ces conditions n’est pas garantie, la MALT/CC redevient obligatoire.
Le rôle du chargé de consignation
Le chargé de consignation (BC en basse tension, HC en haute tension) est la personne désignée par l’employeur pour effectuer ou faire effectuer la procédure de consignation électrique. La norme NF C 18-510 précise que les manoeuvres nécessaires à la consignation peuvent être réalisées par le chargé de consignation lui-même ou sous sa responsabilité par un opérateur habilité (B1, H1 ou BE/HE Manoeuvre). La responsabilité globale de la consignation reste toutefois celle du BC ou HC.
Ses missions couvrent l’ensemble du processus :
1. Réaliser la pré-identification et les cinq opérations de consignation dans l’ordre
2. Rédiger l’attestation de consignation qui autorise le chargé de travaux à intervenir
3. Maintenir la consignation pendant toute la durée de l’intervention
4. Procéder à la déconsignation (remise sous tension) une fois les travaux terminés et après accord de l’équipe intervenante
Par ailleurs, le chargé d’intervention générale habilité BR peut également réaliser une consignation pour son propre compte en basse tension, dans le cadre d’une intervention BT générale. Notre article sur l’habilitation électrique BR détaille les différences entre les niveaux d’intervention et de consignation.
Matériel et équipement de consignation
Le matériel de consignation doit être conforme aux normes en vigueur et adapté au domaine de tension. Un kit de consignation complet comprend :
| Équipement | Fonction | Norme / Exigence |
|---|---|---|
| Cadenas de consignation | Verrouillage de l’organe de coupure | Clé unique, non reproductible |
| Étiquettes de signalisation | Information visuelle (travaux en cours) | Normalisées, résistantes |
| Détecteur de tension (VAT) | Vérification d’absence de tension | NF EN 61243 (BT) / NF EN 61243-1 (HT) |
| Dispositif de mise à la terre | Protection contre tensions induites | Calibré selon le courant de court-circuit |
| Tapis isolant | Protection de l’opérateur au sol | Classe adaptée au domaine de tension |
| EPI isolants (gants, écran facial) | Protection individuelle | NF EN 60903 (gants), NF EN 166 (écran) |
Chaque appareil doit faire l’objet d’un contrôle visuel avant utilisation. Les gants isolants, par exemple, doivent être vérifiés par gonflage pour détecter tout défaut d’isolant. Cette vigilance sur le matériel est un point systématiquement abordé lors de la formation H1 H2 HC pour les interventions en haute tension.
Consignation en une étape et cas particuliers
La norme NF C 18-510 distingue deux modes de consignation selon la répartition des opérations entre le chargé de consignation et le chargé de travaux.
En consignation en une étape, le chargé de consignation (BC ou HC) réalise la totalité des opérations : pré-identification, séparation, condamnation, identification, VAT et MALT/CC si nécessaire. Il délivre ensuite une attestation de consignation en une étape au chargé de travaux, qui peut alors autoriser le début de l’intervention. Ce mode est notamment obligatoire pour les canalisations isolées invisibles (souterraines, encastrées), où l’identification physique sur le lieu de travail par un tiers n’est pas réalisable par simple continuité visuelle.
En consignation en deux étapes, le chargé de consignation réalise uniquement la séparation et la condamnation (première étape). Le chargé de travaux prend ensuite le relais pour effectuer l’identification, la VAT et la MALT/CC sur le lieu de travail (deuxième étape). Ce mode est adapté lorsque le chargé de consignation n’a pas accès au lieu de travail ou lorsque la distance entre l’organe de coupure et la zone d’intervention l’impose.
Sur les installations complexes ou lorsque plusieurs équipes interviennent simultanément, une consignation générale suivie de consignations individuelles par zone de travail peut être mise en place. Le chargé de consignation délivre alors une attestation spécifique à chaque chargé de travaux, garantissant ainsi la sécurité de chaque opération indépendamment.
Pour comprendre quand l’habilitation est obligatoire dans ces contextes, notre article quand l’habilitation électrique est-elle obligatoire ? apporte des réponses concrètes.
Prévention des accidents et erreurs courantes
Les accidents d’origine électrique lors d’opérations de maintenance représentent chaque année plusieurs centaines de cas reconnus par la CNAM. La majorité survient lors de la remise sous tension ou par défaut de consignation. L’INRS (ED 6127) identifie trois erreurs récurrentes :
- Absence de VAT : l’intervenant considère que la mise hors tension suffit, sans vérifier avec un détecteur de tension. Un retour de tension par couplage capacitif ou par un réseau de secours peut alors provoquer une électrocution.
- Condamnation insuffisante : un simple interrupteur basculé sans cadenas de consignation ni étiquette. Un collègue non informé peut rétablir l’alimentation.
- Erreur d’identification : l’opérateur travaille sur un circuit adjacent à celui effectivement consigné. Ce risque est accru sur les tableaux électriques denses où le repérage est défaillant.
Assurer la sécurité de chaque personne sur le lieu de travail passe par le respect strict de la procédure et par une formation régulière. La durée de validité d’une habilitation électrique est généralement de 3 ans, avec un recyclage obligatoire pour maintenir les compétences à jour.
L’essentiel pour garantir la sécurité
La consignation électrique n’est pas une simple formalité administrative. C’est une procédure de sécurité vitale dont chaque étape a été conçue pour éliminer un risque spécifique. La pré-identification prépare l’intervention, la séparation supprime la tension, la condamnation empêche la remise sous tension, l’identification évite les erreurs de circuit, la VAT confirme l’absence effective de courant électrique et la MALT/CC protège contre les réalimentations accidentelles. Aucune de ces étapes n’est facultative, y compris en consignation en une étape.
L’employeur a la responsabilité de fournir le matériel adapté, de s’assurer que les intervenants disposent de l’habilitation requise et de vérifier la conformité réglementaire des procédures appliquées sur le terrain.
FAQ
Le chargé de consignation habilité BC (basse tension) ou HC (haute tension) est la personne désignée par l’employeur pour effectuer ou faire effectuer la consignation. Il est formé dans le cadre de la formation habilitation électrique B1 B2 BR BC. Par ailleurs, le chargé d’intervention générale habilité BR peut réaliser une consignation pour son propre compte en basse tension, dans le cadre limité d’une intervention BT générale. Un électricien habilité B1 seul ne peut pas consigner.
La mise hors tension consiste uniquement à couper l’alimentation électrique (première étape de la consignation). La consignation va plus loin : elle inclut la condamnation par cadenas, l’identification du circuit et la vérification d’absence de tension. Sans ces étapes complémentaires, une remise sous tension accidentelle reste possible.
La consignation reste active tant que le chargé de consignation n’a pas procédé à la déconsignation. Il n’existe pas de durée maximale réglementaire. En revanche, si les travaux s’étalent sur plusieurs jours, la consignation doit être vérifiée chaque jour avant la reprise des opérations. L’attestation de consignation précise le périmètre et les conditions de l’intervention.
Non. En consignation en une étape, le chargé de consignation réalise la totalité des opérations (pré-identification, séparation, condamnation, identification, VAT et MALT/CC si nécessaire) puis délivre une attestation de consignation en une étape au chargé de travaux. À l’inverse, en consignation en deux étapes, le BC ne réalise que la séparation et la condamnation, laissant au chargé de travaux l’identification, la VAT et la MALT/CC. Dans les deux cas, aucune opération technique n’est supprimée.
Un kit de consignation comprend au minimum des cadenas à clé unique, des dispositifs de condamnation adaptés aux organes de coupure de l’installation, des étiquettes de signalisation normalisées et un détecteur de tension conforme à la norme NF EN 61243. Pour les interventions en haute tension, il faut ajouter un dispositif de mise à la terre et en court-circuit ainsi qu’un tapis isolant. Pour en savoir plus sur le matériel obligatoire, consultez notre guide sur les EPI pour l’habilitation électrique.