Un salarié s’étouffe dans la salle de pause, incapable de respirer. Un collègue devient rouge sur le chantier, les mains autour de la gorge. Ces situations d’urgence en milieu professionnel nécessitent une réponse immédiate pour secourir la victime : la désobstruction des voies aériennes. Cette technique de premiers secours permet d’expulser un corps étranger obstruant la trachée. Maîtriser ce geste de santé crucial peut faire la différence entre la vie et la mort au sein de votre entreprise. En France, la présence de Sauveteurs Secouristes du Travail (SST) formés constitue une obligation réglementaire et un enjeu de sécurité majeur. La formation secouriste du travail intègre ces protocoles essentiels de sauvetage pour protéger vos équipes.
L’essentiel en bref
- La manœuvre de Heimlich est un geste de désobstruction qui combine claques dans le dos et compressions abdominales
- Elle s’applique uniquement en cas d’obstruction totale (victime ne peut ni parler, ni tousser, ni respirer)
- Technique différente selon l’âge : adulte, enfant, nourrisson
- Toujours commencer par 1 à 5 claques dans le dos, puis si inefficace, 1 à 5 compressions abdominales
Table des matières
Les étapes de la manœuvre pour secourir une personne qui s’étouffe

Évaluer la situation avant d’agir
Avant de pratiquer la manœuvre, vérifier que la personne présente bien une obstruction totale des voies respiratoires. Les signes sont clairs : impossibilité de parler, toux inefficace ou absente, teint qui devient rouge puis bleu. La victime porte souvent les mains à la gorge, signe universel de détresse respiratoire. Cette situation survient brutalement et nécessite une action vite.
Si la personne tousse fortement, ne pas intervenir : la toux constitue le mécanisme naturel d’expulsion le plus efficace. En présence d’une obstruction partielle, encourager le patient à tousser. Seule une obstruction complète justifie la mise en œuvre des techniques de désobstruction. Le contexte de survenue aide au diagnostic : repas, jeu avec petits objets chez l’enfant, fausse route lors de la déglutition.
Protocole de désobstruction chez l’adulte et l’enfant de plus d’un an
Étape 1 : Les claques dans le dos (TOUJOURS EN PREMIER)
La méthode consiste d’abord à déloger l’objet coincé par vibration. Se placer sur le côté et légèrement en arrière de la victime debout ou assise. Soutenir le thorax avec une main et pencher la victime vers l’avant. Donner de 1 à 5 claques vigoureuses dans le dos, entre les deux omoplates, avec le talon de la main ouverte. Chaque claque vise à provoquer un mouvement de toux pour débloquer et expulser le corps étranger obstruant les voies respiratoires.
Vérifier après chaque claque si le corps étranger a été expulsé. Si la victime tousse, respire à nouveau ou expulse l’objet, arrêter immédiatement les manœuvres. Cette première partie de la technique de Heimlich utilise la gravité pour faciliter la libération des voies aériennes.
Étape 2 : Les compressions abdominales – la technique de Heimlich (SI les claques sont inefficaces)
Si les claques dans le bas du dos n’ont pas fonctionné, passer aux compressions abdominales. Cette méthode consiste à comprimer l’abdomen pour créer une surpression. Voici comment appliquer la méthode :
- Se placer derrière la victime en position debout ou assise
- Placer son poing fermé dans le creux entre le nombril et le sternum, pouce contre l’abdomen
- Saisir ce poing avec l’autre main
- Exercer de 1 à 5 compressions abdominales rapides, dirigées vers le haut et l’arrière
Le mouvement doit être sec et vigoureux pour créer une surpression dans les voies aériennes. Cette partie supérieure de la manœuvre simule une toux artificielle puissante. La place du poing est cruciale : toujours entre le nombril et le sternum, jamais sur les côtes.
Alternance des techniques
Alterner systématiquement 1 à 5 claques dans le dos puis 1 à 5 compressions abdominales jusqu’à expulsion du corps étranger ou perte de conscience de la personne. Ne jamais abandonner : continuer les cycles d’alternance sans interruption, à un rythme soutenu mais contrôlé. L’efficacité de cette alternance est maximale quand les gestes sont réalisés correctement.
Adaptation de la technique pour l’enfant
Le principe reste identique pour l’enfant : d’abord les claques dans le dos, puis si inefficace, les compressions abdominales. La force appliquée doit être adaptée à la morphologie du patient. Les compressions sont moins puissantes que chez l’adulte pour éviter toute blessure interne.
Pour un enfant conscient, se positionner à sa hauteur. Si l’enfant est petit, le placer sur la cuisse en position inclinée vers l’avant pour faciliter l’expulsion. La tête doit être plus basse que le thorax. Cette position permet à la gravité d’assister le geste de secours.
Technique de désobstruction pour le nourrisson (moins d’un an)
Chez le nourrisson, les compressions abdominales sont contre-indiquées. La technique spécifique associe claques dans le dos et compressions thoraciques. Bien que certains parlent de « manœuvre de Mofenson » ou « méthode de Mofenson », les protocoles officiels français (comme PSC1 ou SST) utilisent la terminologie « claques dans le dos et compressions thoraciques pour nourrisson ».
Claques dans le dos
Placer le bébé à plat ventre sur l’avant-bras, tête plus basse que le corps. Soutenir fermement la tête et la mâchoire. Donner de 1 à 5 tapes vigoureuses entre les omoplates avec le plat de la main.
Compressions thoraciques
Si l’obstruction persiste, retourner le nourrisson sur le dos en soutenant tête et nuque, le maintenir fermement entre les deux avant-bras. Réaliser de 1 à 5 compressions thoraciques avec deux doigts positionnés sur la moitié inférieure du sternum. Alterner les séries de claques dorsales et compressions thoraciques jusqu’à expulsion de l’objet ou reprise de la respiration.
Ne jamais effectuer de compression abdominale sur un nourrisson : risque maximum de lésion des organes internes.
Reconnaître les situations d’urgence médicale nécessitant la désobstruction
Obstruction totale des voies aériennes : quand l’asphyxie survient
L’état de suffocation survient brutalement, souvent pendant un repas. La victime ne peut ni parler, ni émettre de son, ni respirer correctement. Le visage devient rouge puis cyanosé par manque d’oxygène. Cette situation dangereuse nécessite une intervention dans les secondes qui suivent. Sans action rapide, l’asphyxie conduit à la perte de conscience puis à l’arrêt cardiaque. Une douleur thoracique peut accompagner l’obstruction.
L’obstruction totale se distingue de la simple fausse route par son caractère dramatique immédiat. La personne en état de détresse porte systématiquement les mains à la gorge. Chaque seconde compte pour éviter les lésions cérébrales irréversibles dues au manque d’air. Cette condition médicale ne tolère aucun délai.
Différencier obstruction partielle et totale
En cas d’obstruction partielle, la victime peut encore tousser, parler ou émettre des sons. La toux reste le mécanisme de défense le plus efficace. Ne jamais pratiquer la manœuvre de désobstruction dans ce cas : les compressions risquent d’aggraver la situation en déplaçant l’objet vers une position totalement obstruante. Encourager simplement le patient à tousser avec force et le laisser dans la position où il se sent le mieux, assis ou debout selon son confort.
L’obstruction devient totale quand la toux disparaît, remplacée par un silence inquiétant. La personne ne peut plus respirer du tout. C’est le signal d’action : réagir face à cette urgence en appliquant immédiatement la technique de désobstruction adaptée à l’âge de la victime.
Qui peut pratiquer la manœuvre de Heimlich
Tout témoin, même sans formation médicale spécifique, peut réaliser ces gestes de premiers secours. La simplicité de la technique permet à chacun d’intervenir en situation d’étouffement. Un adulte conscient peut même s’auto-administrer la manœuvre en comprimant soi-même son abdomen contre le dossier d’une chaise ou un rebord de table.
Pour la personne âgée, adapter la force en tenant compte de la fragilité osseuse. Le risque de fracture costale existe mais reste secondaire face au danger vital immédiat. Chez la femme enceinte ou la personne obèse, modifier la zone de compression : placer les mains au niveau de la poitrine, sur la partie inférieure du sternum, pour éviter toute pression sur l’abdomen. On parle alors de compressions thoraciques.
Le nourrisson nécessite une technique spécifique que seul un sauveteur formé devrait appliquer. La formation premiers secours (PSC1 ou SST) enseigne ces adaptations cruciales. En milieu professionnel, tout salarié peut être confronté à cette urgence : la formation SST prépare à ces situations. Un guide complet et un simulateur de manœuvre sont disponibles lors des formations pour assurer une pratique optimale.
Les risques et limites de la technique
Complications possibles de la désobstruction
Les compressions abdominales peuvent entraîner des lésions internes : contusions abdominales, fractures de côtes, lésions hépatiques ou spléniques. Ces blessures restent rares et acceptables au regard du risque vital. Après toute manœuvre réussie, un contrôle médical s’impose pour vérifier l’absence de complication et assurer le suivi du patient.
Le risque d’échec existe : l’objet peut ne pas être expulsé malgré des manœuvres correctement réalisées. Dans ce cas, poursuivre les tentatives d’alternance jusqu’à l’arrivée des secours. Si la victime perd conscience, la placer au sol et débuter immédiatement la réanimation cardiopulmonaire. Chaque compression thoracique du massage cardiaque peut contribuer à déloger l’objet étranger.
Situations particulières et contre-indications
Chez la femme enceinte au-delà du premier trimestre, les compressions abdominales sont contre-indiquées. Utiliser les compressions thoraciques, mains positionnées au niveau du sternum. Même principe pour la personne obèse dont la morphologie rend impossible l’accès à la zone abdominale : compressions thoraciques uniquement.
Pour le nourrisson, ne jamais appliquer de compressions abdominales : elles provoqueraient des lésions graves des organes internes. La technique spécifique alternant claques dans le dos et compressions thoraciques constitue la seule approche sûre. Cette différence entre les techniques selon l’âge souligne l’importance d’une formation adaptée aux différents types de victimes.
Chez la victime consciente alitée et difficilement mobilisable qui présente une obstruction complète des voies aériennes, réaliser des compressions thoraciques comme pour le massage cardiaque. Cette condition particulière nécessite une adaptation de la méthode utilisée.
Les principes de la désobstruction des voies aériennes
La désobstruction des voies aériennes repose sur deux principes complémentaires. Les claques dans le dos utilisent la vibration et la gravité pour déloger l’objet obstruant. Les compressions abdominales ou thoraciques créent une surpression dans les voies respiratoires, simulant une toux artificielle puissante.
La manoeuvre de Heimlich, telle que réalisée aujourd’hui, combine ces deux approches de sauvetage d’urgence qui partagent le même but : libérer les voies aériennes obstruées. L’alternance systématique des deux techniques maximise les chances de succès. Un mannequin d’entraînement et un simulateur de manœuvre permettent de s’exercer sans risque pour acquérir les bons réflexes dans le domaine des premiers secours.
Appellations et terminologie : clarification des termes
La terminologie autour de cette technique varie selon les sources :
Terminologie officielle française (PSC1, SST, INRS) :
- « Désobstruction des voies aériennes » (terme principal)
- « Claques dans le dos » et « compressions abdominales » pour adulte/enfant
- « Claques dans le dos » et « compressions thoraciques » pour nourrisson
Terminologie grand public :
- « Manœuvre de Heimlich » : désigne les compressions abdominales, du nom du Dr Henry Heimlich (1974)
- « Méthode de Mofenson » : terme parfois utilisé pour le nourrisson, mais non référencé dans les protocoles officiels français
Ce contenu privilégie la terminologie officielle française tout en mentionnant les termes populaires pour faciliter la compréhension.
Réagir efficacement face à un étouffement
Les premiers réflexes à adopter
Garder son calme reste la première règle. Évaluer rapidement la gravité : si la personne tousse efficacement, ne pas intervenir. En cas d’obstruction totale, agir vite. Alerter immédiatement les secours tout en débutant les manœuvres de désobstruction. Quelqu’un doit appeler le 15, le 18 ou le 112 pendant que le sauvetage d’urgence commence.
Vérifier la bouche de la victime avant de débuter : si l’objet coincé est visible et accessible, tenter de le retirer avec le doigt en crochet. Attention : ne jamais explorer la gorge à l’aveugle, surtout chez l’enfant. Ce geste mal exécuté risque d’enfoncer davantage le corps étranger obstruant les voies respiratoires.
Que faire si les manœuvres échouent
Si après plusieurs cycles d’alternance l’objet reste coincé et que la victime perd conscience, la placer immédiatement sur un support dur. Débuter le massage cardiaque : 30 compressions thoraciques rapides et profondes. Toutes les 30 compressions, vérifier la bouche : si l’objet est visible, le retirer doucement. Les compressions cardiaques peuvent provoquer l’expulsion du corps étranger.
Ne jamais abandonner : des cas de survie ont été documentés après plus de 20 minutes de réanimation. Cette réponse médicale doit être maintenue jusqu’à l’arrivée des secours professionnels.
Prévention et formation : les bonnes conditions de sécurité
La prévention des accidents d’étouffement passe par des règles simples : couper les aliments en petits morceaux, surveiller les jeunes enfants pendant les repas, éviter de parler la bouche pleine. Chez l’enfant, éloigner les petits objets à risque (billes, pièces de monnaie, capuchons de stylo). Chaque année, environ 50 enfants de moins de 5 ans décèdent des suites d’une suffocation liée à l’ingestion d’un petit corps étranger.
La formation aux premiers secours reste le meilleur outil de prévention. La formation SST ou le PSC1 enseignent ces techniques vitales. En milieu professionnel, disposer de sauveteurs formés constitue une obligation légale. Un guide pratique, des photos illustratives et un simulateur de manœuvre sont disponibles lors des sessions de formation pour permettre aux apprenants de suivre les étapes dans des conditions réalistes.
FAQ : questions fréquentes sur la manœuvre de désobstruction
Oui, en comprimant l’abdomen contre un dossier de chaise ou un rebord de table avec des mouvements secs vers le haut.
Non. Si la victime perd conscience, passer immédiatement au massage cardiaque qui peut aussi expulser l’objet.
Alterner de 1 à 5 claques dans le dos et de 1 à 5 compressions abdominales jusqu’à expulsion de l’objet ou perte de conscience.
Oui, obligatoire. Les compressions peuvent causer des lésions internes invisibles. Un suivi de santé est crucial.
Alterner claques dorsales et compressions. Si échec et perte de conscience : débuter réanimation cardiopulmonaire immédiatement.
Le risque de fracture existe mais reste acceptable face au danger vital. Mieux vaut une côte cassée qu’une asphyxie.
Les protocoles français (PSC1, SST) enseignent l’alternance de claques dans le dos et compressions abdominales. Le terme « Heimlich » désigne les compressions abdominales seules.
Les recommandations françaises et européennes imposent cet ordre car les claques utilisent la gravité et sont moins invasives.
Le terme « Mofenson » est populaire mais n’apparaît pas dans les référentiels français officiels. Les protocoles parlent de « claques dans le dos et compressions thoraciques pour nourrisson ».
Conclusion : un geste de santé à maîtriser
La manœuvre de Heimlich et les techniques de désobstruction représentent des gestes de premiers secours accessibles à tous. Leur maîtrise peut sauver une vie en quelques secondes lors d’un accident d’étouffement. La technique varie selon l’âge du patient : alternance claques dans le dos et compressions abdominales pour l’adulte et l’enfant, alternance claques dans le dos et compressions thoraciques pour le nourrisson.