Sur un tableau résidentiel neuf, la question revient à chaque départ : type A ou type AC ? Ce n’est pas une préférence. La NF C 15-100 impose le choix selon le circuit, et l’amendement 5 a durci les règles pour plusieurs départs. Pour un électricien qui intervient sur les tableaux BT en service, comprendre la logique des courants de fuite, c’est éviter un refus CONSUEL et sécuriser l’installation pour de vrai. La formation habilitation B2V couvre ces interventions sur les tableaux résidentiels et tertiaires.

⚡ L’essentiel à retenir
| Circuit | Type imposé | Base réglementaire |
|---|---|---|
| Plaque de cuisson | Type A | NF C 15-100 §771.531 (amend. 5) |
| Lave-linge | Type A | NF C 15-100 §771.531 (amend. 5) |
| Lave-vaisselle | Type A | NF C 15-100 §771.531 |
| Borne IRVE monophasée | Type A + détecteur 6 mA DC | NF C 15-100-7-722 |
| Pompe à chaleur / clim | Type F | NF C 15-100-1 |
| Éclairage | Type AC | NF C 15-100 |
| Prises 16A/20A standard | Type AC | NF C 15-100 |
| Chauffage résistif / VMC | Type AC | NF C 15-100 |
Différentiel type A ou AC : pourquoi ne détectent-ils pas les mêmes défauts ?
La distinction entre les deux types repose sur la physique des courants de fuite, pas sur la sensibilité. Les deux DDR déclenchent à 30 mA. Ce qui change, c’est la nature du courant détecté. Un transformateur toroïdal mesure la différence entre le courant de phase et le courant de neutre. Si cette différence dépasse 30 mA, le dispositif ouvre le circuit. Jusque-là, type A et type AC font pareil. La divergence apparaît quand ce courant de fuite n’est pas sinusoïdal pur.
Le type AC : protection sinusoïdale standard
Le type AC détecte les courants de fuite sinusoïdaux. Éclairage, chauffage résistif, radiateurs, VMC sans variateur : ce sont des charges linéaires. Elles consomment un courant alternatif pur. Un défaut d’isolement sur ce type d’appareil génère une fuite sinusoïdale. Le type AC la détecte, il déclenche.
Son marquage vous le reconnaît au premier coup d’oeil. Un symbole sinusoïde « ~ » sur le boîtier. C’est la protection standard. Elle est tout à fait adaptée à ces circuits. Pas besoin d’aller plus loin.
La limite du type AC est précise : il n’est pas sensible aux courants pulsés générés par les redresseurs. Or, les appareils électroniques modernes en produisent. Vous avez un lave-linge sur un type AC ? La protection ne suffit pas.
Le type A : détection des courants pulsés et continus
Le type A couvre tout ce que détecte le type AC, et y ajoute les courants continus pulsés unidirectionnels produits par les redresseurs monophasés. Concrètement, un lave-linge contient un redresseur dans son module de commande moteur. Si un défaut survient sur ce moteur, le courant de fuite n’est pas sinusoïdal. Il est pulsé. Un type AC ne déclenchera pas. Le type A, si.
Il détecte les composantes DC jusqu’à 6 mA. Son marquage combine le symbole sinusoïde et une demi-onde « ~⌓ ». Sur chantier, on voit ça souvent. Du type AC sur le lave-linge. Par habitude. Sauf qu’un défaut sur le moteur de la machine ne déclenchera jamais ce type AC. Le risque électrique est là, sans que la protection ne réagisse.
Quels circuits imposent le type A selon NF C 15-100 ?
La NF C 15-100 n’impose pas le type A sur tous les circuits. C’est une erreur de lecture fréquente. L’amendement 5, applicable aux permis de construire déposés après le 27 novembre 2015, cible les circuits avec appareils à redresseurs. Hors de cette liste, le type AC reste conforme.
Les circuits obligatoirement en type A
La section §771.531 de la norme est claire : la plaque de cuisson, le lave-linge et le lave-vaisselle doivent être protégés par un DDR de type A. Ces trois appareils contiennent des redresseurs ou des convertisseurs de puissance. Plaque à induction avec IGBT, lave-linge avec variateur de vitesse moteur, lave-vaisselle avec carte de contrôle électronique : tous génèrent des courants pulsés en cas de défaut d’isolement. Le choix du DDR complète les classes de protection électrique intégrées à l’appareil lui-même.
En audit de tableau résidentiel récent, comptez : si vous voyez un type AC sur le lave-linge, c’est une non-conformité. Si vous êtes l’électricien qui a posé le tableau, c’est votre responsabilité. Le CONSUEL vérifie ce point et transmet l’attestation à Enedis. Pas de conformité, pas de raccordement.
La NF C 15-100-1 publiée en 2024 a fait évoluer le cas de la pompe à chaleur et de la climatisation : ces équipements passent du type A au type F. Cette évolution est récente et peu intégrée sur les chantiers pour l’instant.
Les circuits où le type AC reste autorisé
Éclairage, prises 16A/20A standard, chauffage résistif, VMC sans variateur : le type AC est conforme sur ces départs. Ce n’est pas une protection au rabais. Elle est juste adaptée à des charges linéaires.
L’anti-piège est là : ne mettez pas du type A partout « pour être sûr ». C’est un surcoût non justifié par la norme. Le type A coûte environ 35 à 50 euros contre 25 à 35 euros pour le type AC en format 40A. La règle fixe une liste. On l’applique. On ne la déborde pas.
Borne IRVE et véhicule électrique : type A suffit-il vraiment ?
La NF C 15-100-7-722 s’applique aux infrastructures de recharge de véhicules électriques. C’est une partie distincte de la norme, souvent absente des articles généralistes. Pour une borne monophasée de 7,4 kW (32A), la règle est la suivante : un DDR de type A 40A 30 mA avec un détecteur de composante continue 6 mA DC. Ce détecteur peut être intégré à la borne ou externe, en amont du circuit.
La confusion fréquente concerne le type B. Sur une borne monophasée moderne avec détection DC intégrée certifiée, on n’a pas besoin du type B. Il devient nécessaire pour les bornes triphasées ou les équipements sans détection DC certifiée. On voit ça en stage IRVE P2 : l’installateur a posé du type AC sur la borne par habitude. Non-conformité immédiate. Si vous posez une borne en résidentiel, vérifiez le type de détection intégré avant de choisir votre différentiel. Le cas classique : le CONSUEL refuse l’installation. L’installateur refait le câblage. Deux heures de perdu. Et avant toute intervention sur un tableau en service, rappelez-vous : la consignation électrique n’est pas une option.
Le type AC est interdit sur un circuit IRVE. Les convertisseurs de charge des véhicules électriques génèrent une composante DC que le type AC ne détecte pas. En cas de défaut d’isolement sur le câble de charge, aucun déclenchement. Chaque borne doit disposer d’un circuit dédié avec son propre disjoncteur divisionnaire. Aucun partage avec un autre départ.
Compteur Linky et déclenchements intempestifs : type AC ou type A ?
Un type AC se déclenche sans raison apparente, quelques semaines après la pose d’un Linky. Sur le terrain, on en entend parler à chaque session. Le mécanisme est documenté, sans donnée officielle Enedis ou fabricants sur l’ampleur.
Le Linky utilise le courant porteur en ligne (CPL) pour communiquer sur le réseau. Ce CPL introduit des harmoniques basse tension. Les charges avec filtres CEM, alimentations à découpage, PC, écrans, box internet, dissipent ces harmoniques via des condensateurs phase-terre. En pratique, ces condensateurs créent de petits courants de fuite permanents. Le type AC peut les interpréter comme un défaut réel et déclencher.
Le type A est moins exposé à ce phénomène. Sa construction interne distingue mieux les vrais courants de fuite des fuites capacitives liées aux harmoniques. En pratique : si un type AC se déclenche sans raison après installation d’un Linky, vérifiez les charges sur ce départ. Vous avez plusieurs appareils électroniques sur ce circuit ? Un remplacement par un type A résout souvent le problème. Mais d’abord, vérifiez qu’il n’y a pas un vrai défaut d’isolement.
Type F, type B, type S : quand faut-il aller plus loin que le type A ?
La hiérarchie des DDR fonctionne par inclusion. AC ⊂ A ⊂ F ⊂ B. Chaque type intègre les capacités du type précédent. Aller vers un type supérieur ajoute des capacités de détection. Ce n’est pas toujours nécessaire.
Le type F couvre le type A et y ajoute les courants multi-fréquences produits par les variateurs monophasés. Il est obligatoire pour la pompe à chaleur et la climatisation selon la NF C 15-100-1. En revanche, ce n’est pas nécessaire pour le lave-linge, malgré ce qu’on entend parfois.
Le type B détecte les courants continus lisses, caractéristiques des installations triphasées. Il est obligatoire pour les bornes IRVE triphasées sans détection DC intégrée certifiée. Le type B coûte 4 à 5 fois plus cher qu’un type A. Sur une borne monophasée moderne, vous n’en avez pas besoin. Le détecteur 6 mA DC suffit.
Le type S n’est pas une question de sensibilité mais de sélectivité. Un différentiel sélectif est temporisé à 300 ms. Il s’utilise en départ principal en amont du tableau, pour que les différentiels 30 mA en aval déclenchent en premier. Si vous l’omettez, un défaut en aval peut couper toute l’installation plutôt que le seul circuit défaillant. La sélectivité fait partie des points clés que maîtrise un titulaire d’une habilitation BR sur des interventions tableau.
Questions fréquentes sur le différentiel type A ou AC
Quelle est la différence entre un disjoncteur type A et AC ?
Le type AC détecte les courants de fuite sinusoïdaux. Le type A va plus loin : il détecte les courants pulsés et les composantes continues produits par les appareils à redresseurs intégrés, lave-linge, plaques à induction, lave-vaisselle. Si vous avez un lave-linge sur un type AC et qu’un défaut survient sur le moteur, aucun déclenchement. Il faut un type A.
Que brancher sur un différentiel type A ?
La NF C 15-100 impose le type A pour la plaque de cuisson, le lave-linge, le lave-vaisselle et le circuit de recharge IRVE. Hors de ces circuits réglementaires, on peut y placer les équipements informatiques et la domotique pour une protection renforcée, même si ce n’est pas exigé.
Pourquoi mon différentiel type AC se déclenche sans raison ?
Les déclenchements sur type AC sont souvent liés aux harmoniques générés par les charges électroniques ou le compteur Linky. Ces harmoniques créent des fuites capacitives que le type AC interprète comme un défaut. Le type A est moins sensible à ces fausses détections. Avant de remplacer le dispositif, vérifiez qu’il n’y a pas un vrai défaut d’isolement sur le circuit. Si vous avez exclu ce défaut, un type A sera la bonne réponse.
Quel différentiel pour une borne de recharge véhicule électrique ?
La NF C 15-100-7-722 impose le type A minimum (40A, 30 mA) avec détection de composante DC 6 mA pour toute borne monophasée. Le type AC est interdit sur ce circuit. Pour une borne triphasée sans détection DC intégrée, le type B est obligatoire. Pour bien maîtriser les interventions sur tableaux BT résidentiels, la formation habilitation B2V couvre ces situations.